Billet : Et si on « benchmarkait » ?

Notre équipe de France a donc gagné ses deux premiers matches de son Euro domestique dans les toutes dernières minutes. Il n’en faut pas plus dans notre doux pays pour susciter inquiétude et pessimisme sur la suite de la compétition chez bon nombre de commentateurs sur les plateaux TV et autour des zincs et des machines à café. Pourtant, avec deux victoires en 2 rencontres, les Bleus sont qualifiés sans inquiétude avant même d’affronter les Suisses. Mais non, vous pensez bien « ils sont brouillons », « ce sont deux victoires chanceuses » et l’inévitable « ça ne passera pas contre de grosses équipes ».

Parlons en justement des « gros » tellement admirés parce que l’herbe est si verte chez nos voisins. Les Allemands – ah les Allemands voilà des gens sérieux et implacables dans tous les domaines – ils sont difficilement venus à bout de bien pâles Ukrainiens en marquant leur 2ème but… à la toute dernière seconde et sont restés muets face à des Polonais au moins aussi organisés que les Albanais ! Et les Espagnols – ah les Espagnols, double tenant du titre au jeu si léché et brillant (sic) – ils ont écrasé de très faibles Tchèques 1-0… A la 88ème minute ! Ne parlons pas des Portugais du génie Cristiano Ronaldo tenu en échec par les Islandais (300 000 habitants tout de même) ni des Belges – en football, les Belges sont des « gros » – punis par des Italiens que l’on annonçait en perdition (mais qui du coup redeviennent des « gros » très enviés par nos commentateurs).

Bref, il faudrait que dans l’univers du foot, on respecte aussi le mantra du monde de l’entreprise : il faut « benchmarker », ce qui signifie « comparer », mais en langage « hype ». Et oui si vous ne vous comparez pas, par définition vous avez du mal à vous situer. La comparaison peut-être géographique comme on l’a vu, mais aussi historique. Ainsi les Lizarazu et autre Leboeuf si inquiets et critiques sur nos Bleus actuels, seraient bien inspirés de se souvenir du piteux France-Paraguay de 1998, qui n’a pas empêché leur triomphe du 12 juillet.

Et finalement, le football est souvent la métaphore de la vie réelle et sérieuse. Ainsi que n’a-t-on pas disserté sur l’image désastreuse donnée par la France avec ses grèves à répétition, ses violences urbaines, ses poubelles débordantes. Sans doute, mais que dire des « supporters » britanniques vandalisant Marseille quelques jours avant un possible vote pour le « Brexit » ? Que dire des plus de 5000 morts américaines causées sur un an par des « mass killings » dans un pays qui a porté Donald Trump comme prétendant à sa présidence ? Que dire de l’Espagne qui n’a pas plus de gouvernement depuis 9 mois et s’apprête peut-être à faire d’un punk à chien castriste son prochain premier ministre.

Alors entendons-nous bien, il ne s’agit pas de se dire : « c’est encore pire ailleurs » pour ne rien changer chez nous. Mais de se dire : « après tout, chacun a de gros problèmes, ayons confiance en nous pour régler les nôtres ». Et pour en revenir au monde de l’entreprise, le Benchmark est en effet une technique très pertinente. Ainsi, quand le Pdg d’une très grande entreprise souhaite rencontrer en personne des milliers de ses collaborateurs, ou, à l’inverse en faire venir une bonne partie au siège, cela coûte plusieurs centaines de milliers d’euros. Quand l’entreprise nous confie le soin d’organiser un dialogue virtuel en ligne, cela ne coûte que quelques milliers d’euros pour un résultat tout à fait comparable. CQFD.

Crédit photo : AFP

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