La création de valeur c’est mal

Le Cadeau de César

C’est tellement fascinant que personne ne s’en rend compte. Dans les grands débats du moment, on ne parle que de pouvoir d’achat, de baisse de la pression fiscale, de maintien des services publics. Le « mouvement » des gilets jaunes en voie de crétinisation jusqu’au-boutiste et groupusculaire focalise ses revendications – quand on parvient à les comprendre – sur la suppression de taxes déjà insignifiantes ou, à l’inverse, sur le renversement du régime et la destitution du président.

Du côté du « Grand débat » le niveau des échanges et des propositions est fort heureusement plus élevé. Mais là aussi, l’écrasante majorité des mesures suggérées visent à déterminer quel impôt baisser ; comment faire revenir des services rendus par des êtres humains dans des zones se percevant comme abandonnées ; comment financer de nouvelles prestations sociales avec le vieillissement de la population ; comment réduire les inégalités territoriales, culturelles et éducatives dans un pays où les ascenseurs sociaux sont en panne prolongée ; comment changer nos modes de vie pour atteindre les objectifs de développement durable existentiels.

On pourrait encore allonger cette liste aux sujets institutionnels de régénération démocratique, de nouvelles représentativités, de nouveaux modes de décision participatifs.

Dans tout ce magma, peu de choses sur les nécessaires économies à réaliser et/ou sur les efforts supplémentaires à accepter. A la limite, on peut comprendre que l’ascétisme soit moins porteur que les grandes envolées réformatrices. Nous ne sommes pas des Scandinaves ou d’austères luthériens.

Mais en revanche, l’absence totale de la création de valeur dans ces contributions massives et débridées ne peut que nous estomaquer. Il semble bien que dans ce pays rien n’ait changé depuis deux ou trois siècles. Du côté des « élites », la noblesse française a réagi à la révolution industrielle avec un mépris dégoûté ne voyant son salut que dans l’oisiveté rentière, quand la noblesse britannique rivalisait avec la bourgeoisie pour profiter des fruits de ce décollage. Du côté du « peuple », les émules de Gracchus Babeuf ou de Jacques Hébert étaient bien plus intéressés par la confiscation des biens des « riches » que par la mise en commun des moyens de production.

Rien de nouveau sous le soleil donc. Aujourd’hui, les ingénieurs des grands corps méprisent les gens du business, les énarques veulent bien pantoufler dans le privé, mais sans prendre aucun risque à l’abri de parachutes dorés. Les diplômés des grandes écoles de commerce préféraient il y a encore peu de temps la finance et le marketing plutôt que le commercial ou l’aventure entrepreneuriale (de ce côté-là ça va un peu mieux). Quant aux « gilets jaunes »… sans commentaire.      

Et pourtant, quoi de plus important ? A notre modeste niveau, notre plus grande fierté chaque année est de constater sur notre liasse fiscale le montant de la valeur ajoutée créée : 1,5 million d’euros en 2018 « from scratch ». Et au niveau du pays tout entier donc, comment créer plus de valeur dans un pays qui est encalminé dans une croissance entre 1 et 2%, voire même comment franchir un palier pour flirter avec les 3% ? Comment orienter cette création de richesses non seulement dans un sens de préservation de l’environnement, mais, plus encore, dans un sens de réduction des émissions de CO2, de reforestation, de reconstitution de la biodiversité ?

Voilà les questions vraiment importantes. Au diable le malthusianisme, au diable la rage « partageuse », au diable les imprécations apocalyptiques de Greta Thunberg, car si l’on produit plus de richesses de manière plus vertueuse, les questions de la survie de l’espèce, de redistribution et d’harmonie sociale se régleront d’elles-mêmes.

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