La tentation de Coubi

On se sent las. L’époque n’est pas à la réflexion ni à la tempérance. Et ce n’est pas l’actualité de la semaine écoulée qui nous démentira. La Crise italienne tout d’abord. Tout ce que ce les réseaux sociaux comptent de souverainistes, « d’anti-système », insoumis, frontistes, gauchistes, Philippotistes (il en existe), Dupont-aignanistes (il en existe) se sont précipités pour dire et « penser » tous la même chose en même temps. « C’est une honte, le choix du peuple est bafoué », « la preuve est faite, la démocratie est morte, c’est Berlin, Bruxelles et les marchés qui décident », « « l’oligarchie » ne veut pas d’une autre politique anti-austérité », « l’euro contre la démocratie » etc etc.

Sauf que non. Rappelons les faits. Le Président de la République italienne, Sergio Matarella, a refusé de valider la nomination du ministre des Finances du gouvernement présenté par la coalition « anti-système » regroupant le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue. Le chef du Gouvernement désigné par cette alliance inattendue, Giuseppe Conte a donc décider de renoncer. Il est vrai que la personnalité de Paolo Savona est plutôt encombrante. Economiste aux compétences incontestables, il s’est fortement opposé à l’euro dès sa création. Et ce sont surtout ses positions violemment antiallemandes – « « Berlin n’a pas changé de point de vue sur son rôle en Europe après la fin du nazisme, tout en ayant abandonné l’idée de l’imposer militairement » – qui ont poussé le président italien à mettre son veto à sa nomination à ce poste clé, suscitant les réactions sus-citées, excessives et précipitées.

D’abord, le vote populaire n’est pas la seule caractéristique d’une démocratie, il y a aussi l’Etat de droit. Le respect des traités européens signés par l’Italie depuis 1957 et des engagements avec ses principaux partenaires européens en font incontestablement partie. Ensuite, la constitution italienne donne bel et bien au président le rôle de garant des institutions et le pouvoir de refuser une nomination.

Enfin et surtout, il était sans doute inutile de s’emballer puisque le président de la République n’avait refusé qu’un seul poste. Si la coalition populiste était dépourvue d’arrière-pensées, elle proposerait assez vite un nouveau nom. A l’heure où ces lignes sont écrites, les tractations ont du reste repris, et un gouvernement est sur le point d’être nommé. Et donc tous ceux qui ont eu ces réactions à l’emporte-pièce et ces déclarations définitives auraient mieux fait de la mettre en veilleuse, comme souvent, comme toujours serait-on tenté de dire.

Et puis, il y a eu le formidable acte de bravoure de Mamoudou Gassama. Ce garçon courageux sans-papiers a comme on le sait eu le cran extraordinaire de grimper 4 étages pour sauver un gamin de 6 ans d’une chute mortelle. Il y a eu des gens assez tordus pour remettre en cause la véracité même de cet acte de bravoure, y voyant un montage. Et pas que des jeunes écervelés pré-pubères. Le vétéran des coups d’édition et de presse André Bercoff s’est ainsi couvert de ridicule sur C8 en doutant de l’authenticité le la scène visionnée des millions de fois sur Internet. Il est vrai que pour beaucoup, il est absolument intolérable au sens littéral du terme qu’un migrant puisse avoir un comportement si remarquable qu’il soit coup sur coup reçu par le président de la République, naturalisé français et engagé chez les pompiers de Paris. Un migrant ne peut, pour eux, être qu’un terroriste en puissance, à tout le moins un radical prosélyte. A l’inverse, il s’est aussi trouvé de beaux esprits pour critiquer les honneurs reçus par Mamoudou au motif que cette reconnaissance était indigne compte tenu de la politique d’accueil bien trop restrictive du gouvernement. Claude Askolovitch s’est même fendu d’un interminable texte plein de circonvolutions dans Slate. C’est si compliqué de simplement être heureux pour ce jeune homme et l’enfant qu’il a sauvé, sans faire de ce cas un symbole et tout mélanger ?

Il y a eu enfin la finale de la Ligue des champions, la victoire du Real et la très belle prestation de Karim Benzema, auteur d’un but de rapine plein d’opportunisme. Il n’en fallait pas plus pour ranimer le débat sur la non-sélection de l’ex-Lyonnais. « Les réseaux sociaux » comme on dit, ou plus exactement une part non négligeable de ceux qui les fréquentent y sont allés de leur accusation de « racisme » à l’égard du sélectionneur. IIs oublient un peu vite que faire chanter un coéquipier n’est pas la meilleure chose à faire pour rester dans un groupe quelle que soit son origine, bourguignonne, basque, suédoise, angolaise ou algérienne. Et puis, en fin de semaine, la photo officielle de l’équipe de France a été publiée, couvrant de ridicule par son évidente diversité, ces accusations et leurs auteurs. Gageons d’ailleurs que ces derniers n’auraient sans doute rien trouvé à redire si le sélectionneur s’était appelé Patrick Vieira, Sabri Lamouchi ou, plus vraisemblablement, Zinedine Zidane désormais disponible.

Bref, toutes ces prises de position aussi radicales que stériles nous donnent des envies d’un ailleurs protégé de cette vaine agitation. On se souvient des étés passés adolescent et jeune adulte dans cette si belle demeure du Périgord baptisé Coubirat, « Coubi » pour les intimes. Il nous prend l‘envie de nous y retirer définitivement en famille, sevré de tout écran. Et puis, on se rappelle que l’on passe toute la semaine prochaine à San Francisco pour un nouveau client. Et on se dit que ça mettra tout de même provisoirement tous les fâcheux à une distance respectable. Promis, on vous racontera.

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