Le crépuscule des populistes ?

Trump-Poutine - Le crépuscule des populistes

On ne voudrait sûrement pas prendre ses désirs pour des réalités. Non non, ce serait mal nous connaître ! Mais on se souvient encore au début de cette année. On a couvert Davos. Et la petite musique qui couvait à ce moment-là dans les milieux « autorisés » était un peu malsaine et résignée. « Oui, vous comprenez, les démocraties occidentales accusent le coup et sont dépassées » disaient mezzo voce les tenants du pragmatisme cynique et un tantinet affairiste, « force est de reconnaître que les pouvoirs dits « illibéraux » s’en sortent bien mieux ». Le régime chinois, mélange de capitalisme débridé et de totalitarisme sourcilleux, semblait à leurs yeux être le nouveau paradigme de la réussite mondiale avec ses fameuses routes de la soie qui avaient l’air de séduire une bonne partie de la planète. Et, de fait à Davos, pas d’Emmanuel Macron, retenu dans l’hexagone par les gilets jaunes, pas de Theresa May, mobilisée par son accord de Brexit, et une bien discrète Angela Merkel, fragilisée depuis des mois. En revanche, le vice-Président chinois était l’objet de toutes les attentions, tout comme le nouveau président brésilien d’extrême-droite Jair Bolsonaro, ainsi que le nouveau président du conseil italien, Giuseppe Conte, issu d’une inédite coalition « anti-système ».En quelques mois le décor a bien changé. Déjà, les élections européennes (voir « Le pire n’est jamais sûr » du 28/05) n’ont pas été le triomphe attendu des populistes de tout poil. Bien au contraire, ils ont dans l’ensemble mordu la poussière. Mais l’été a vu les nuages s’amonceler plus encore dans le ciel des régimes autoritaires et « illibéraux » (curieux néologisme au demeurant). Enivré de sa toute-puissance tant vantée de par le monde c’est d’abord le numéro un chinois Xi Jinping qui a pris de plein fouet l’inattendue révolte de Hong Kong. Des centaines de milliers de manifestants, défilent le plus souvent pacifiquement chaque semaine depuis avril dans les rues de l’ancienne possession britanniques au nom de la démocratie et du respect du principe « un Etat, deux systèmes ». Difficile de dénoncer le complot de l’étranger quand le mouvement semble si massif. Difficile également d’employer la manière forte alors que le monde entier observe et que les seigneurs du parti unique ont pour la plupart placé une bonne partie de leurs fortunes dans l’une des principales places financières asiatiques. L’épilogue de cette poussée de fièvre majeure n’est pas encore connu, mais quelle que soit son issue, le pouvoir chinois en sortira considérablement affaibli et son « modèle » démonétisé.

Dans une moindre mesure, Vladimir Poutine a dû faire face lui aussi à des manifestations inédites depuis 2011. Plusieurs milliers d’opposants se sont rassemblés deux semaines d’affilée à Moscou en plein été pour simplement réclamer la liberté pour des candidats d’opposition de se présenter aux prochaines élections locales. Le régime a réagi plutôt brutalement avec des centaines d’arrestations. Face à Emmanuel Macron à qui il rendait visite le 19 août, Poutine s’est senti autorisé à comparer cette situation aux heurts causés par les gilets jaunes en France l’hiver dernier. Mais le président français a eu beau jeu de lui rétorquer que les gilets jaunes avaient, eux, toute latitude pour se présenter aux élections européennes – avec le succès que l’on sait ! – puis aux municipales. Il est vrai que la contradiction entre un pouvoir russe qui se veut tellement plus fort que les décadentes démocraties occidentales, mais refuse d’accorder tout espace à la moindre opposition, devient de plus en plus criante et gênante.

Et on peut multiplier les exemples de revers subis ces dernières semaines par les nouveaux matamores dans le monde :

  • Le tout puissant ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, sûr de sa puissance électorale, voulait déclencher de nouvelles élections, il a en fait mis sur les rails une majorité alternative qui risque de l’éloigner du pouvoir pour un moment ;
  • Le parti du président turc Erdogan a perdu très nettement la mairie d’Istanbul au profit de l’opposition ;
  • Loin de sa superbe de Davos, Bolsonaro voit sa popularité fortement baisser sur fond de crise diplomatique autour des incendies en Amazonie.
  • Quant à Trump, son profil bas au G7 de Biarritz est peut-être le résultat de ses médiocres sondages pour sa réélection et de l’amorce d’un retournement de conjoncture de l’économie mondiale.

Il est évidemment encore trop tôt pour faire de ces signaux épars une tendance de fond. Mais à un moment où les questions environnementales semblent prendre le pas sur tout le reste dans les préoccupations des opinions publiques, les réponses des populistes semblent bien moins adaptées à ce nouveau contexte qu’aux séquences précédentes.

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