Le pire n’est jamais sûr

résultats élections européennes 2019

On nous avait annoncé l’enfer et la déliquescence. Il n’y a rien eu de tout ça.

L’abstention tout d’abord. C’était entendu, la démocratie représentative était une valeur en berne sur le Vieux Continent, surtout chez les jeunes. Le Référendum d’Initiative Citoyenne était une revendication naturelle, pas une lubie d’hurluberlus fluorescents. Pire encore, on nous laissait entendre que les peuples européens commençaient à trouver du charme aux « démocratures » à la turque ou à la hongroise, voire même aux régimes carrément autoritaires à la russe ou à la chinoise. Facteur aggravant, les élections européennes n’attirent que très rarement les foules, et, vu la désaffection manifeste pour l’Union européenne – on y reviendra ! – ça allait être la Bérézina.

Et bien pas du tout. Dès le matin de ce dimanche 26 mai, on a senti qu’il se passait quelque chose. Des bureaux de vote non pas pris d’assaut mais théâtres d’une fréquentation importante et continue. Confirmation à la mi-journée : une progression de 4 points en France par rapport à 2014. Et puis le soir, la vraie bonne surprise : + 8% au-delà de 50% dans l’hexagone. Mieux encore, ce phénomène est général sur l’ensemble de l’Union à 27 (les Britanniques ne comptent déjà plus) où la participation se situe autour de 51%. Mêmes les habituels mauvais élèves – hongrois, polonais ou roumains… –  ont fait de vrais efforts. Une incontestable victoire de la démocratie, même s’il sera nécessaire de poursuivre cette progression dans les prochaines échéances continentales.Dans le même ordre d’idée, on nous prédisait un raz de marée populiste, souverainiste et anti-européen. Alors certes, l’Italie s’est réveillée avec une « Lega » à plus de 34% ; certes en France, le RN arrive de justesse en tête du scrutin, mais son score est en baisse par rapport à 2014 (où il était déjà premier) et il perd deux sièges. Certes, le Hongrois Orban est entré dans une autre dimension avec ses 53% un peu suspects. Mais pour le reste, l’extrême droite est en recul voire en déroute en Autriche, au Danemark, et aux Pays Bas. Et surtout, avec 173 sièges cumulés dans deux groupes irréconciliables les nationalistes et l’extrême droite, ne représentent « que » 23% des sièges sans perspectives d’alliances. On est donc très loin du tsunami annoncé.

Mieux encore, en France, Les partis favorables à l’Union européenne sont largement majoritaires avec près de 60% des voix (difficile de savoir dans quelle catégorie classer le parti animaliste !) alors qu’ils tangentaient à peine la majorité au premier tour de la présidentielle de 2017. Disparus corps et bien dans les tréfonds des pourcentages faméliques les partis ultra-souverainistes de N.Dupont-Aignan,  de F.Asselineau et de F.Philippot pourtant si bruyants et si appréciés des Gilets jaunes. L’Union européenne, présentée comme mal aimée, dépassée et au bout du rouleau a finalement montré une belle résilience et une authentique adhésion des citoyens de ses 27 pays membres. De ce point de vue là – et c’est peut-être la leçon la plus réjouissante de ce scrutin – il s’agit d’une défaite cuisante pour les principaux ennemis de L’Union : Poutine, Trump et son ex-sbire Bannon qui avaient pourtant mis tout leur poids dans la balance pour faire vaciller les institutions européennes. Encore raté !

Dernier point enfin, et non des moindres, la poussée écologiste est encourageante. D’après les premières enquêtes, elle traduit déjà une amorce de retour de l’électorat jeune qui avait quelque peu déserté les urnes ces dernières années. Avec 77 sièges au Parlement européen, les Verts pourront encore mieux rivaliser avec les lobbies industriels si actifs à Bruxelles et inspirer des législations ambitieuses pour atteindre les objectifs de développement durable, même de survie, du continent, et servir de modèle à la planète entière. De plus, ce groupe est en grande majorité composé de « réalistes » allemands, voire belges et, au moins pour sa tête de liste, français. Loin des oripeaux révolutionnaires stériles, ils seront à même de participer à des majorités sur des projets concrets qui orienteront l’ensemble des institutions dans le bon sens. C’est en tout cas ce qu’on peut espérer.

Bref, ces élections européennes que l’on nous présentait comme le prélude à une catastrophe annoncée sont peut-être au contraire la première étape d’un sursaut inattendu du vieux continent sous l’impulsion de ses citoyens.

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