Nier la complexité du monde

Boris Johnson en pleine crise du Brxit

On se gardera bien de crier victoire trop tôt. Mais il semble que le crépuscule des populistes décrit ici-même, il y a peu, se confirme de jour en jour. Bolsonaro continue de se couvrir de ridicule. Vladimir Poutine a réussi le tour de force de perdre des élections truquées à Moscou ! Le pouvoir a reculé pour la première fois à Hong Kong. Salvini a bel et bien été poussé dans l’opposition par une improbable coalition de substitution. Trump continue de faire du Trump pour le meilleur – très rarement – pour le pire – de plus en plus souvent. Mais il en est un dont on s’était gardé de parler fin août tant la situation de son pays semblait imprévisible : Boris Johnson qui vient de subir des défaites parlementaires à répétition et une épidémie de défections de son camp conservateur, à commencer par son propre frère cadet. Ce rejeton d’une famille de l’upper class anglaise, très europhile, passé par Eton et Oxford dans la plus pure tradition de l’oligarchie Outre-Manche est, on le sait, devenu l’un des champions du Brexit pendant la campagne du référendum de juin 2016. Après avoir fui ses responsabilités à ce moment-là, comme effrayé par une victoire éclatante certes, mais reposant sur des arguments souvent malhonnêtes, il est enfin devenu Premier ministre le 24 juillet dernier, comme à contretemps.

L’imprévisible « BoJo » a en effet profité du retrait de la courageuse mais laborieuse Theresa May incapable de faire entériner par le parlement son accord de sortie de l’Union européenne, négocié pied à pied avec les 27 pendant 3 ans, pour se faire désigner par les militants de son parti. Et il ne lui a pas fallu six semaines pour braquer le parlement contre lui, comme rarement Premier ministre de Sa Très Gracieuse Majesté n’y était parvenu. Sa volonté certes légale de fermer les Communes jusqu’à mi-octobre alors que le Royaume-Uni a jusqu’au 31 octobre pour quitter l’Union Européenne a été perçu comme un « coup » porté au plus ancien régime parlementaire de la planète. Résultat : une improbable coalition des opposants à tout Brexit sans accord avec l’UE – travaillistes, libéraux-démocrates, nationalistes écossais, écologistes et surtout conservateurs modérés – se sont réunies par trois fois pour mettre en minorité Boris Johnson, et même le contraindre à demander un nouveau report du Brexit aux 27 – humiliation suprême pour lui. Alors bien malin qui pourrait deviner la suite. Les déboires de l’ancien maire de Londres sont assez réjouissants compte tenu de son arrogance et de celles de ses principaux conseillers. Mais rien n’est joué ! Si des élections générales devaient se tenir (ce qui est probable), il n’est pas exclu que les conservateurs devenus les principaux défenseurs d’un Brexit coûte que coûte ne remportent une majorité de sièges face à des modérés divisés. Mais rien ne serait pour autant réglé. Bien au contraire, on percevrait nettement l’impasse populiste du Brexit. Car une chose est certaine, c’est qu’en cas de sortie sans accord, le pays mettra une bonne dizaine d’années à s’en remettre et une génération entière sera sacrifiée. Ensuite, il est possible que le pragmatisme et un certain génie britannique ne permettent à un Royaume-Uni, peut-être amputé de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord, de retrouver une certaine prospérité. Mais rien n’est moins sûr, car on ne connaît pas de paradis fiscal de plus de 50 millions d’habitants, ni d’empire de moins de 200 000 km2. On connaît en revanche des Etats vassaux des Etats-Unis qui ont renoncé à une part non négligeable de leur souveraineté.

C’est sans doute un prix extravagant à payer pour avoir cédé un funeste jour de juin 2016 à un réflexe simpliste enfoui dans une irrépressible mentalité insulaire de rejet du « continent ». On ne gagne jamais à nier la complexité du monde.

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