Rien n’avance

Nous vivons une époque étrange. D’un côté, on assiste à des phénomènes sans précédent d’une imprévisibilité et d’une incongruité inouïes. De l’autre côté, les situations incroyables qui en découlent évoluent avec une lenteur désespérante. Premier exemple, le Brexit. Après avoir scotché l’Europe et même la planète entière en votant en faveur de la sortie de l’Union européenne le 23 juin 2016, nos amis britanniques ont sombré ensuite dans un immobilisme dissimulé par un sur-activisme de façade. La négociation avec une Union européenne, unie à 27 membres sur la durée malgré les manœuvres de la perfide Albion, a traîné pendant plus de deux ans aboutissant à un accord de divorce, équilibré semble-t-il. Las, cette semaine la chambre des Communes a réussi le tour de force de rejeter pour la seconde fois cet accord avant de rejeter le lendemain la possibilité d’une sortie de l’UE sans accord.

Pas cet accord, mais pas sans accord ! Faut suivre. Ça pourrait faire penser à du Raymond Devos, sauf que ça ne fait plus rire personne. Bien malin qui devine comment tout ça va se terminer. On serait bien tenté de dire que, dans une démocratie, redonner la parole au peuple est souvent la bonne solution. Sauf que bien des parlementaires et même la première ministre Theresa May nous expliquent qu’organiser un second référendum serait une remise en cause de la parole populaire ! Décidément, ces gens ne sont pas comme nous !

Le pire président de l’histoire

Traversons un instant l’Atlantique. En novembre 2016, les Américains avaient encore plus surpris que leur ancien colonisateur en désignant Donald Trump comme président. Depuis sa prise de fonction en janvier de l’année suivante, le milliardaire n’a cessé de s’en montrer indigne, multipliant les maladresses, les erreurs de jugement, les déclarations à l’emporte-pièce, divisant le pays comme jamais. D’emblée, les conditions de son élection ont été sujettes à caution au point qu’un procureur spécial a été désigné pour enquêter sur les vraisemblables interférences de puissance(s) étrangère(s) et les obstructions à la Justice commise par le « Commander in Chief » lui-même. Une bonne demi-douzaine de ses collaborateurs ont été mis en examen. Enfin, son ex-directeur de campagne a été condamné à 7 ans et demi de prison après avoir « balancé » son patron sur un nombre incalculable de ses turpitudes.

Mais, Robert Mueller, le procureur spécial, fait plus que prendre son temps. La publication de son rapport ne cesse d’être annoncé. On a même dit il y a une quinzaine de jours qu’il était à la reprographie ! Quoi qu’il en soit, Nancy Pelosi, patronne des Démocrates majoritaires à la Chambre des Représentants, a indiqué qu’une procédure d’Impeachment de Trump n’était sans doute pas souhaitable. On rentre dans les subtilités de la politique. En attendant, le pire président de l’histoire va sans doute finir son mandat en ayant fait un mal fou aux États-Unis, même et surtout à la planète entière.

L’ère des palabres permanents

Retour en France. Depuis le 17 novembre dernier, le mouvement des Gilets jaunes a mis le pays dans une crise sans précédent. Mi-décembre, la République semblait même en danger devant une telle accumulation de rancœur, de haine et de violence. Après une injection immédiate de pouvoir d’achat, le président a sorti de son chapeau le fameux « grand débat » et a payé de sa personne pour dialoguer des dizaines d’heures avec élus et simples citoyens. La tension est redescendue. Contre toute attentes, les sondages sont remontés. Dans leur panurgisme habituel, les commentateurs craignent la « sortie » du grand débat qui ne pourra – forcément – être que « déceptive », atroce néologisme repris en cœur par ceux qui ne voient jamais rien venir.

Mais Macron a décidé lui aussi de prendre son temps. Les débats sont prolongés au moins jusqu’à fin avril, les « restitutions » se feront en plusieurs étapes. Les propositions et les décisions finiront peut-être par tomber, mais dans des délais peu déterminés. Tout se passe comme si on était en fait rentré dans l’ère des palabres permanents. Point commun entre ces trois situations : plutôt que de vaincre le pire, on essaye de le contenir, de s’en accommoder, de le réduire à petit feu. Pourtant, le « containment » et, pire encore « l’apeasement » n’ont pas laissé de très grands souvenirs dans l’histoire. Et si on passait au courage et à l’action ?

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