Tolérance et intolérance

tolérance et intolérance vis à vis des migrants

Rarement l’actualité des jours écoulés n’aura souligné les contradictions d’une grande partie de l’opinion déboussolée et bien peu réfléchie et, plus grave encore, de ses représentants, suiveurs et sans charisme.

Ainsi, c’est passé relativement inaperçu, mais la Coalition Avenir Québec (CAQ) a gagné le week-end dernier les élections législatives de la Belle Province rompant ainsi 50 ans d’alternance entre les souverainistes du Parti Québécois et le Parti libéral qui gouvernaient depuis 15 ans sans discontinuer. Le leader du mouvement CAQ donc, François Legault, a certes rejeté les félicitations enamourées de Marine Le Pen. Mais il n’en demeure pas moins qu’il a gagné la majorité absolue des sièges sur un programme visant notamment à réduire l’immigration : « Le Québec a dépassé sa capacité d’intégration » et il s’agirait « d’en prendre moins, mais en prendre soin. » Dans une province qui connaît le plein emploi et une incontestable prospérité, que l’élection se soit jouée sur ce thème laisse un peu perplexe même si la participation a été bien plus faible cette fois (67% contre 71% en 2014 et 74% en 2012).

Au même moment ou presque, les pérégrinations de l’Aquarius ont repris. Le bateau de l’ONG SOS Méditerranée, chargé de 58 migrants secourus au large de la Libye a fini par être autorisé à faire halte à Malte. Et là, pendant des semaines, les représentants de quatre Etats européens qui ont accepté à la suite d’un accord ad hoc de les recueillir (Allemagne, Espagne, France, Portugal) viennent les interroger en vue de répartir leur accueil entre eux. Et c’est ainsi depuis que l’Italie de Matteo Salvini a fermé ses ports aux navires des ONG transportant des réfugiés. Les pays européens pas encore atteints par la vague populiste anti-migration, tentent piteusement de se souvenir de leur devoir de solidarité et d’accueil, aussi discrètement que possible, se cachant presque de leur propre opinion publique.

Et puis dans le même temps, Charles Aznavour a tiré sa révérence. Le monde entier a rendu hommage à ce fils d’apatrides, fuyant le génocide de leur peuple, débarqués un peu par hasard en France alors qu’ils voulaient aller s’installer aux Etats-Unis. Devenu donc Français par hasard, à l’âge de 9 ans, ce petit bonhomme s’est imposé comme l’un des plus grands manieurs de notre langue, ciselant des paroles reprises par cœur sur toute la planète pendant des décennies. Un hommage national lui est rendu ce 5 octobre dans la Cour d’honneur des Invalides, un symbole éclatant.

Moins consensuel, mais tout aussi frappant, Manuel Valls, a lui quitté solennellement l’Assemblée nationale avant de se lancer à l’assaut de la mairie de Barcelone, sa ville natale. Que l’on apprécie ou pas le personnage – il est de bon ton dans certains milieux d’affecter sa détestation – il n’en demeure pas moins que son parcours en dit long sur notre république. Naturalisé français à seulement 20 ans, il est devenu maire, député, ministre et finalement Premier ministre sans que cela ne pose le moindre problème de légitimité. Son retour dans son pays d’origine sans renier pour autant sa patrie d’adoption pourrait être aussi le symbole d’une Europe unie et ouverte.

Mais hélas ces deux cas soulignant de manière pourtant éclatante les vertus potentielles d’une immigration même non sollicitée (dans le cas d’Aznavour), ne risquent pas de troubler un air du temps franchement restrictif.
Depuis que les pays d’Europe de l’Est, Hongrie et Pologne en tête, ont bien fait comprendre qu’ils ne voulaient pas accueillir de réfugiés extra-européens.

Depuis qu’Angela Merkel a au contraire montré une tolérance pour le malheur des réfugiés du sud de la Méditerranée, tolérance ayant eu pour effet de faire grandir l’intolérance dans son pays avec la poussée de l’extrême-droite incarnée par le nouveau parti AFD montant en épingle quelques faits divers impliquant des migrants.
Depuis que l’Autriche et surtout l’Italie sont tombés du côté du populisme.

Depuis cette conjonction de vents contraires, la spirale du repli sur soi est enclenchée et rien ne semble l’arrêter. Impossible de faire entendre la voix de la raison sur un thème devenu épidermique. Car si les 28 voulaient bien s’entendre, il ne devrait quand même pas être si complexe d’absorber un flux de 1 million de réfugiés dans un bassin de population qui regroupe un demi-milliard d’individus !

Alors certes, en démocratie, par construction, le peuple est souverain. Mais le continent manque cruellement de leaders capables de montrer une voie qui aille au-delà du rejet primal pour l’étranger et la différence. Et si besoin il y a des arguments de bon sens, il suffit de regarder le palmarès de la dernière coupe du monde de football. Les équipes les plus diverses – France, Belgique, Angleterre – étaient dans le dernier carré. La Pologne est sortie au premier tour, la Hongrie, l’Autriche et l’Italie n’ont même pas été capables de se qualifier. CQFD.

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